Article Sud-Ouest


PORTRAIT

MARC BIELLI A REALISE UN DOCUMENTAIRE D'APRES L'OEUVRE DE DIDIER COILHAC "LE SECRET DE FRANCOIS 1ER".
UN VOYAGE QUI SILLONNE LES CHEMINS DU REEL AU FANTASTIQUE.


«Il m'arrive des idées. Elles deviennent des obsessions. Alors je tente de leur donner une réalité. »
Timide, un peu rêveur, Marc Bielli se révèle passionné lorsqu'il s'agit de cinéma. L'été dernier, il achevait la réalisation du documentaire « Le secret de François Ier ». Depuis, il cherche une chaîne de télévision pour le diffuser. Et il ne lâchera pas. L'envie de tourner une suite à ce premier chapitre le tenaille. Mais pour ça, il a besoin de fonds.

«Un monde à soi ». Sa passion est née de la frustration. Adolescent, Marc vit en Guadeloupe. « La diversité ne s'étalait pas en façade des cinémas. » En vacances en métropole, il visionne jusqu'à deux films par jour. Il assiste à une projection de « Blade Runner » et n'en croit pas ses émotions. « J'ai compris que le cinéma était le moyen de créer un univers. Tourner, c'est jouer à Dieu. C'est créer un monde à soi. »
Marc quitte les Antilles, s'installe à Paris, intègre l'Esca, et tourne des courts métrages avec les copains. Après l'abandon d'un projet de tournage au Vietnam, trop coûteux, le jeune réalisateur retourne aux sources : à Rochefort.
Marc créé une société individuelle et travaille avec des agences de publicité. À son palmarès : un spot télé pour les pâtisseries Colibri diffusé sur Canal +. «Six mois de préparation, une journée de tournage et vingt secondes de bonheur. » Un bonheur trop bref pour satisfaire le réalisateur. Il s'essaie alors à un nouveau style : « je suis un solitaire et un documentaire peut se faire seul. » Il s'envole vers l'île de la Réunion et filme du réel. « C'était une façon de rompre avec la pub. » Il en rapporte un DVD-rom qu'il autoproduit. Mais pour le vendre, il faut en assurer la promotion. « J'ai saturé, explique Marc. Je ne suis décidément pas un publicitaire. » Peu d'exemplaires se vendent.

L'art de la Renaissance. En 2000, Marc s'installe à Cognac et s'intéresse à François Ier. Il entreprend des recherches et découvre l'oeuvre de Didier Coilhac, « Le secret de François I er ». Loin de tout académisme, l'auteur propose dans son livre une redécouverte de la Renaissance française. « Didier Coilhac s'offre la liberté de remettre certains faits historiques en question, commente Marc. Il dépasse les analyses essentiellement descriptives que nous rencontrons dans nos livres d'histoire. »
En effet, l'écrivain flirte avec le mystère, le fantastique et le merveilleux. Pour lui, l'art de la Renaissance n'est pas seulement affaire de sensibilité, de technique et d'esthétique. « Les artistes n'étaient pas seulement architectes, peintres ou écrivains, ils étaient également mathématiciens, astrologues, alchimistes, explique Marc. Ils maîtrisaient plusieurs disciplines dont certaines pouvant apparaître comme ésotériques. » Au fil des pages, des images naissent dans la tête du réalisateurs. « Je devais les filmer. L'écriture de Didier Coilhac est très visuelle. C'était un appel. »

Le documentaire. Les deux hommes se rencontrent. Échangent. Marc commence à filmer. Tout d'abord le château de Chambord, l'un des plus spectaculaires de François Ier. Puis celui de Fontainebleau.
La répétition du chiffre 8 est inhabituelle et questionne. Les architectes auraient-ils commis des erreurs ? Ou bien s'agirait-il d'une information capitale codée ? Que cherchait à cacher le roi bâtisseur ? Caméra au poing, Marc mène l'investigation. « Ce documentaire fait appel à l'imaginaire. On passe du réel au fantastique, remarque-t-il. Nous pouvons penser que les châteaux enferment des messages cachés. »
Marc Bielli souhaite poursuivre son enquête. Il prévoit une suite à ce premier film de cinquante minutes. « J'irai au bout de ma démarche », assure-t-il. Pour financer ce projet, il fait des petits boulots : chauffeur de maître, différentes missions intérimaires... Mais cela ne suffira pas. Les subventions qui accompagnent une diffusion télévisuelle seraient les bienvenues. À 38 ans, Marc entend bien aller au bout de son projet.


Magalie Lépinoux
SUD-OUEST du 01/04/08